RUGBY SOUS-MARIN – A mi-chemin entre le rugby et le hockey subaquatique

Porter le ballon dans l’en-but adverse, c’est le principe du rugby… Quand des passionnées d’apnée et de piscine reprennent ce principe, un nouveau sport apparaît : le rugby sous-marin. Hambourg est présent dans cette compétition. Actuellement en 2ème position de la ligue Nord, le club a en vue de se qualifier pour la coupe d’Allemagne qui réunira en mai les meilleurs équipes des ligues Nord, Sud et Ouest. Ne cherchez pas la ligue Est : le seul club, Dresde, est rattaché à la ligue Nord.
Il n’y a pas de poteau ou bien de "ligne des 22 mètres" pour ce sport ; l’en-but est une corbeille posée à chaque extrémité de l’aire de jeux. Quant au ballon, il est rond et … lesté avec de l’eau saturée en sel pour mieux couler. Le règlement impose que le ballon mette moins de 5 secondes pour rejoindre le fond d’un bassin de 5 mètres.

Le jeu

L’équipe comporte douze joueurs : six sont actifs dans l’eau, six sont au repos sur le banc de touche. Durant les 15 minutes de jeu d’une mi-temps, les joueurs permutent en permanence tellement l’activité cardio-respiratoire est intense. Quant au principe du jeu, il est très simple : porter le ballon dans la corbeille adverse. Facile à dire, moins facile à réaliser quand la technique du "Deckel und Dackel" est maitrisée par les défenseurs en face de vous…
Le Deckel (couvercle en allemand) est un joueur qui vient poser son dos sur la corbeille, palmes dirigées vers la surface. Avec quelques lents battements de palmes, il se plaque littéralement sur la corbeille vous empêchant de glisser votre ballon dans celle-ci. Comme dans le vrai rugby, il faut saisir le moment durant lequel la ligne d’en-but n’est pas verrouillée. Le moment idéal ? Quand ce gardien de but a besoin de rependre sa respiration, la corbeille est libérée quelques instants. Mais attention, le Dackel (chien) veille : cet autre joueur balaie le carrelage de la piscine devant la corbeille et vous empêche d’approcher. En situation de défense, le système Deckel-Dackel mobilise quatre joueurs, car chaque position est doublée (un joueur respire en surface l’autre reste au fond jusqu’au relais). Les deux ailiers restants tentent de récupérer la balle pour lancer un contre. En phase d’attaque, tous les joueurs sauf le Deckel tentent de marquer.
"Pour les joueurs, le gros intérêt du rugby par rapport au hockey subaquatique est la troisième dimension donnée par la profondeur du bassin. Au hockey, le palet est collé au fond et le jeu se passe en 2D. Au rugby, les joueurs utilisent la hauteur d’eau pour passer soit au-dessus, soit au-dessous de l’adversaire avec le ballon bien protégé entre les bras", nous explique Guillaume Lemoine du club de Hambourg pour illustrer le caractère 3D du rugby sous-marin.

Règles et arbitrage
Si les bouteilles de plongée sont autorisées, c’est uniquement pour les arbitres. Ils sont deux en permanence au fond de la piscine pendant chacune des deux mi-temps. Un troisième arbitre est en surface pour assurer le lien entre "le fond" et les équipes (entraineurs et remplaçants) restées au sec. Inutile pour les arbitres d’apporter sous l’eau un sifflet : cela ne sera pas d’une grande aide. Pour communiquer, ils utilisent un système électrique et sonore : trois coups signalent un arrêt de jeu, un but est confirmé aux joueurs et aux spectateurs par deux coups longs.
Mais où se trouvent donc les spectateurs ? En surface, l’aire de jeu est réservée aux six joueurs actifs pour remonter en surface, prendre quelques inspirations et redescendre. D’un côté de l’aire de jeu, une bande d’eau est réservée au changement : un équivalent de la ligne de touche au football. A l’extérieur de cette zone de changement, les spectateurs peuvent suivre le match équipés de palmes, masque et tuba. Dans certaines compétitions, des caméras sous-marines diffusent sur des écrans en surface les images.

Histoire et championnat
Le jeu a été inventé en Allemagne, à Mülheim dans la Ruhr près de Düsseldorf, à la fin des années soixante. Il s’agissait pour les plongeurs d’avoir un sport actif en piscine durant l’hiver. Avec cet argument, le sport s’est logiquement développé dans les pays nordiques (Danemark, Norvège, Finlande) ; tout en restant confidentiel.
En Allemagne, les clubs se rencontrent au sein de trois ligues (Nord, Sud et Ouest). La ligue Nord accueille des villes très éloignées telles que Berlin, Dresde, Göttingen, Brême ou Hambourg. Les clubs de la ligue Ouest se concentrent dans la vallée de la Ruhr. En Bundesliga de football, une équipe reçoit une journée sur deux le club d’une autre ville. Assez difficile à mettre en place dans un sport non sponsorisé comme le rugby sous-marin. Toutes les équipes d’une ligue se retrouvent au cours de 5 à 6 journées réparties dans l’année dans un même centre nautique. Au cours de cette "journée de championnat", chaque équipe joue 2 à 4 matches. Convivialité assurée !
Les deux ou trois meilleurs clubs de chaque ligue se retrouvent au printemps durant un tournoi de 2 jours opposant les 8 meilleures équipes d’Allemagne. Berlin, leader de la ligue Nord, y participe chaque année. Mais, ce sont les équipes de la Ruhr qui remportent très régulièrement le championnat d’Allemagne.
En alternance, un championnat d’Europe et un championnat du Monde sont organisés. Il y a quelques équipes en Suisse, Espagne et Italie, en plus des pays nordiques. En France, quelques accros de sport sous-marin se regroupent pour constituer une équipe à l’occasion des championnats d’Europe.
Alors que le rugby sous-marin est un sport complètement inconnu en France, son cousin, le hockey sous-marin, fait lui partie des grands absents des sports d’eaux en Allemagne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *