Günter Grass ou la cruelle légèreté de l´être

Il est l´un des plus grands écrivains de notre temps et au-delà des polémiques, son œuvre a grandement contribué au travail de mémoire terrifiant des générations de l´après-guerre allemand. Günter Grass vient de célébrer ses 85 ans et pour souligner cet âge honorable, le musée qui lui est dédié, au centre-ville de Lübeck, a décidé de réorganiser et enrichir sa collection.

L´escargot, symbole du progrès selon Günter Grass

Un musée à la mémoire de l´écrivain-sculpteur
Les musées se sont bien ouverts à l´art contemporain, pourquoi est-ce que la littérature vivante ne pourrait-elle pas avoir également de lieu à elle ? C´est ce que propose la Maison Günter Grass depuis 2001, avec 1.100 pièces de collection, que ce soient des fragments de manuscrits, des dessins, des gravures, des lithographies ou des aquarelles. Son génie a certes été principalement littéraire, – celui de pouvoir écrire les pages les plus sombres de l’histoire allemande, de manière picaresque, surréaliste et grinçante – , mais il a d´abord suivi une formation de sculpteur puis de plasticien, à une époque où les arts se relevaient du no man´s land laissé par les diktats du national-socialisme. Les six présentoirs interactifs, comportant des ressources audiovisuelles et sonores, vous aideront à retracer le parcours de cet artiste hors-norme.

Günter Grass en 1948-49, dans son atelier de Düsseldorf  © NDR

Une jeunesse en guerre puis à zéro
Né à Dantzig en 1927, Günter Grass a 12 ans lorsque le Troisième Reich envahit la Pologne. Enrôlé dans les jeunesses hitlériennes, puis dans l´armée allemande, il reçoit à 17 ans, en 1944, un ordre de mobilisation pour la Waffen-Schutzstaffel. Ce passage sombre, l´écrivain attendra 2006 pour le révéler, dans son autobiographie « Pelures d´oignon ». Il dira avoir voulu fuir l´oppression familiale, n´avoir rien su des crimes inhumains perpétrés et surtout, ne rien y trouver qui puisse lui être favorable : « Je me suis tu. »
Inconscience d´une jeunesse manipulée ou engagement inexcusable ? Le fait est que l´écrivain n´a eu de cesse de dénoncer dans nombre de ses oeuvres, à l´instar de Heinrich Böll, l´hypocrisie de la bourgeoisie catholique ayant permis l´ascension au pouvoir des élites nazies, et leur maintien, à de hauts postes de fonctionnaires dans la République fédérale de l´après-guerre.

Une des sculptures de la cour intérieure du musée Grass. « Le turbot »

Un art engagé
Avec Simone de Beauvoir, Picasso, Céline, etc., Günter Grass appartient à une époque de contestation où l´engagement politique de l´artiste était manifeste, militant,  ou subversif. – La politique au XXe siècle était il est vrai plus une affaire idéologique que… de marchés. – Et l´écrivain allemand a opéré sur plusieurs fronts : son roman « Le Tambour », dont on connaît le succès, sera porté à l´écran en 1979 par Volker Schlöndorff. Le deuxième tome de la trilogie de Dantzig, « Le chat et la souris », connaîtra le même sort. Suivent les retentissants « Le journal d´un escargot », en 1972, et « Le Turbot », en 1977, qui assoiront sa stature internationale de romancier maniant la satire à la perfection. En 1999, son implication et son influence dans le monde littéraire seront récompensées par le Prix Nobel.
Günter Grass s´impliquera dans la réalité sociale de manière plus évidente : proche du chancelier Willy Brandt, chancelier de 1969 à 1974, dont il rédigera certains discours, il soutiendra publiquement les sociaux-démocrates (SPD), puis la coalition gouvernementale rouge-vert des années 90. Dénonçant la discrimination sous toutes ses formes, ses combats seront également celui du féminisme, de l’écologie, du droit d’asile, de la défense de Salman Rushdie, ou encore, des ventes d´armes. Plus proche de nous, son poème « Ce qui doit être dit », dénonçant la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens.

La visite de la Maison Günter Grass est éclairée par ses sculptures à l´entrée et dans la cour intérieure. Elles vous parleront certainement de ce rire rabelaisien qui terrasse l´absurdité du monde humain…

Virginie Tresemer

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